L’association Seuil organisait le 21 septembre 2017 un colloque autour de la « marche éducative ». Il s’agit pour un jeune, accompagné par un éducateur, de marcher, pendant 100 jours, environ 1.800km, à l’étranger. Ces jeunes, tous volontaires, « acceptent de quitter un milieu connu, d’aller dans un pays étranger, d’être confrontés à des difficultés physiques, des crises de désespoir », indiquait Bernard Ollivier, Président de Seuil.  « Chaque jeune va construire sa propre résilience. Cette marche est un exploit, qui marque ces jeunes, qui leur fait comprendre qu’ils peuvent aller plus loin dans la vie puisqu’ils ont pu faire cela », précise-t-il ensuite.

L’association, habilitée par l’ASE et qui conventionne avec la PJJ, accueille et accompagne des jeunes orientés par l’aide sociale à l’enfance ou par les juges pour enfant de toute la France.

Carine Saint-Martin, psychologue chercheuse, est venue présenter les résultats de sa thèse, qui portait sur l’évaluation de la marche comme outil éducatif. Elle précise que : « Le jeune doit pouvoir donner un sens à cette marche, ne pas la subir, qu’elle ne soit pas punitive. Cette marche peut permettre de créer du lien, d’accompagner ailleurs, d’instaurer une communication sur des sujets sensibles. La marche, le déplacement, l’ailleurs, sont des outils de médiation. Les jeunes et les accompagnants sont confrontés à leurs propres limites pendant ces séjours. La marche peut être un exutoire de capacités parfois non soupçonnées. Il s’agit de savoir s’ennuyer aussi, rester seul, mesurer l’importance de la place de l’autre. »

David Lebreton, anthropologue, a, lui, étudié la marche en général comme outil éducatif. Il indique que : « La qualité de la relation est fondamentale, rejoint l’efficacité symbolique, l’efficacité de l’engagement que nous avons dans notre travail et qui permet l’accroche. Seuil a cette qualité d’engagement, une manière de se donner qui raisonne chez le jeune. La relation duelle avec l’adulte, avec le soutien de Seuil, a une fonction de contenance, de soutien, qui permet une reconnaissance mutuelle, le sentiment d’exister dans le regard de l’autre. Cette réparation s’instaure au fil du temps. La temporalité adolescente est marquée par l’immédiat, mais ces jeunes vivent un écrasement dans le présent. Ici, on s’inscrit dans une dimension de projet au travers de la préparation, qui le soutient en elle-même dans son rapport au monde. L’association prévoit des moments de retours sur l’expérience ensuite, pour partager ce qu’il a vécu. Ce dispositif de l’après est essentiel pour ne pas renvoyer les jeunes à la violence de leur vie quotidienne. »

Plus d’informations sur cette (dé)marche éducative sur www.assoseuil.org .