Colloque Adolescentes et Prévention Spécialisée le 28 septembre

Des regards, des problématiques et des accompagnements spécifiques pour les jeunes filles?

Interview écrite de Jean-Marc Steindecker, Président du CPSP

Déléguée :  Pourquoi une journée consacrée à la Prévention Spécialisée à Paris ? Pour qui ?

JMS : En 2015, les associations de Prévention Spécialisée de Paris ont décidé de se réunir au sein du Comité de la Prévention Spécialisée de Paris (CPSP), que je préside depuis un peu plus d’un an. Elles souhaitaient mutualiser leurs forces pour répondre aux problématiques transversales qu’elles peuvent rencontrer, et notamment à travers la formation de leurs éducateurs. Cette journée du 28 septembre vise à donner à tous un socle commun de connaissance pour élaborer des réponses plus appropriées en direction des jeunes filles de Paris. Tous les acteurs des équipes sont donc les bienvenus. Nous avons également souhaité convier les élus parisiens en charge de la Prévention spécialisée, au niveau du Département (puisque Mme Brossel ouvrira la journée), mais également au niveau des arrondissements. Si des places restent disponibles, nos partenaires seront alors les bienvenus.

Déléguée :  Cette thématique des jeunes filles répond-elle à un contexte spécifique ?

JMS : Le public de la Prévention spécialisée de Paris est constitué pour un tiers de filles. Cette proportion n’évolue plus depuis plusieurs années. Si aucun élément factuel n’a présidé au choix de ce sujet, la nécessité de rester vigilant quant à l’évolution des problématiques des adolescentes a guidé le Bureau du CPSP dans son choix. 

Déléguée : Vous avez souhaité décliner cette thématique sous le prisme de différents sujets. Comment les avez-vous choisis ?

JMS : La dernière réflexion commune à la PS sur le sujet  des filles date de 2010, année où la CNAPE avait réuni les associations autour de ce thème. Depuis, la connaissance que nous avons des adolescentes que nous accompagnons a évolué, et il était temps de confronter nos savoirs empiriques aux recherches actuelles. Nos pratiques sont encore, cependant, traversées par des stéréotypes de genre que nous portons tous. Voilà pour le choix de deux des thèmes. Concernant les autres sujets d’intervention, nous souhaitions aborder les sujets « prioritaires » de la prévention spécialisée de Paris sous le prisme des adolescentes. La construction identitaire des jeunes filles immigrées ou issues de l’immigration tout comme les réseaux sociaux nous ont paru être des domaines dans lesquels les acteurs de Prévention spécialisée auraient tout à gagner à affiner leur savoir. Les risques de radicalisation violente doivent également rester au cœur de nos préoccupations.

Déléguée : Ce type de journée a-t-il vocation à être renouvelé ?

JMS : Tout à fait. Le CPSP avait eu l’occasion d’organiser une matinée de rencontre avec Mme Le Goaziou lors de la sortie de son livre Eduquer dans la rue (actes disponibles ici). Nous pensons que les associations membres du Comité ont tout à gagner à partager des temps d’échange avec des interlocuteurs communs. Ces moments permettent d’acquérir et de renforcer un savoir collectif, de capitaliser les expériences vécues sur les territoires de Paris, d’élaborer ensemble des stratégies d’intervention. Les acteurs auront l’occasion, dans le questionnaire d’évaluation de la journée, de proposer les prochains thèmes qu’ils souhaiteront voir abordés. 

Déléguée : Pouvez-vous nous donner quelques éléments sur l’avenir que projette le CA du CPSP pour le Comité ?

JMS : L’Assemblée générale du CPSP (elle réunit un représentant de chaque association adhérente), qui s’est réunie avant l’été, a mandaté le Conseil d’administration pour organiser et multiplier les temps de rencontre comme celui-ci. Les aspects d’information et de formation seront au cœur des évènements organisés dans l’année 2018/2019 : le 21 septembre est organisée une formation autour du secret professionnel en prévention spécialisée pour les cadres des associations ; le 12 octobre aura lieu une journée d’accueil des nouveaux professionnels parisiens de prévention spécialisée ; en décembre, une matinée de sensibilisation à l’utilisation des réseaux sociaux sera proposée aux acteurs de nos associations. Chacun de ces temps, comme la journée du 28 septembre, donnera lieu à des travaux en comité plus restreints. Un autre sujet essentiel pour lequel le CPSP proposera un soutien technique aux associations sera la question des rixes : si le Département organise les interventions sur ce sujet, si chaque association élabore ses propres réponses, la Prévention spécialisée doit étayer sa stratégie dans ce domaine. Chacun des domaines d’action du CPSP appelle l’implication de son Conseil d’administration : porter une parole collective qui promeuve la prévention spécialisée, soutenir techniquement les associations, comme favoriser la mutualisation de leurs ressources.

 

L’univers féminin adolescent dans les quartiers populaires

Katia Baudry

La prévention spécialisée de Paris compte au sein de son public, depuis plusieurs années, mais sans augmentation, 1/3 d’adolescentes et de jeunes femmes. Ce constat ne peut se suffire à lui-même, mais appelle un approfondissement des connaissances que nous avons de ces jeunes filles.

Josette Magne, en 2010, a publié Quelle place pour les filles en prévention spécialisée, interrogeant notamment le concept selon lequel « les filles ne sont pas visibles dans l’espace public. La prévention spécialisée est donc moins en contact avec elles ». Son livre permet de comprendre que, pour un travail réel auprès des jeunes filles, il s’agit pour la Prévention spécialisée de penser spécifiquement cet aspect de notre intervention.

Katia Baudry est Docteure en sociologie depuis 2017, rattachée au GEMASS (Sorbonne Université-CNRS). Elle est éducatrice spécialisée, en Prévention spécialisée, depuis 1996, en Seine Saint Denis. Elle est également consultante à la Mission Métropolitaine de Prévention des Conduites à Risques sur les questions de michetonnage.

Cette présentation visera à replacer au centre des discussions sur les quartiers populaires en tant qu’univers masculin, un univers féminin et de décrypter le rôle fondamental des liens forts féminins dans la construction identitaire et l’acquisition de l’autonomie des adolescentes avec la mise en œuvre de stratégies : la création d’un entre soi, le jeu de la visibilité/invisibilité, la mobilité urbaine.

 

Mon enfant se radicalise

Vincent de Gaulejac

La prévention spécialisée en générale, et notamment celle qui couvre le territoire parisien, a été au cœur des réflexions sur le développement de politiques de prévention de la radicalisation violente à la suite des attentats contre Charlie Hebdo et l’hyper cacher en janvier 2015.

La Prévention spécialisée de Paris a tenu a inscrire sa conviction de participer à la prévention des comportements à risque des adolescents, notamment en matière de radicalisation violente. Via le CPSP, elle a proposé un document qui traduit cette position et rassemble un ensemble d’actions concrètes dans ce domaine (disponible sur le site du CPSP :  https://www.cpsp-asso.com/place-de-la-ps-dans-la-prevention-de-la-radicalisation.html).

La problématique de radicalisation violente traverse l’ensemble de la société française, et touche notamment les jeunes filles et les mères auprès desquelles intervient la Prévention spécialisée de Paris.

Vincent de Gaulejac a été Éducateur de rue puis superviseur d’équipes de prévention spécialisée dans les années 1970, avant de poursuivre une carrière universitaire à Paris 9 Dauphine et Paris 7 Denis Diderot. Directeur du Laboratoire de changement social de 1980 à 2014, il est l’un des initiateurs du développement de la sociologie clinique en France et à l’étranger. Il est actuellement Professeur émérite des université et Président du réseau international de sociologie clinique. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont La névrose de classe, L’histoire en héritage, Les sources de la honte et La sociologie clinique enjeux théoriques et méthodologiques.

Vincent de Gaulejac interviendra autour de la question de la radicalisation violente, particulièrement chez les jeunes filles et leurs mères.

  • Il présentera un programme de prévention de la radicalisation (RAFRAP) menée à Schaerbeek (Belgique), impliquant des jeunes djihadistes (garçon et filles) et leurs familles.
  • Il présentera un témoignage vidéo d’une fille qui décrit son processus d’engagement et de désengagement.
  • Il proposera un exposé et une discussion sur les processus de radicalisation et les meilleurs moyens de les prévenir.

 

Sexisme et Prévention spécialisée : qu’en disent les professionnel.les ?

Conférence inversée, Briac Chauvel

Ces citations, issues de la littérature spécialisée comme de documents plus « grands publics », nous montrent que le sexisme fait partie de notre société. Il influe sur la vie de chacun, sur les projections de tous. Quant le public de la Prévention spécialisée est composé d’un tiers d’adolescentes, dans une profession qui tend à « se féminiser », nous ne pouvons pas faire l’économie d’une réflexion partagée sur la place du sexisme dans nos quotidiens professionnels.

Au cours d’une Conférence inversée, Briac Chauvel, anthropologue intervenant, nous proposera de réfléchir ensemble à la place du sexisme et à son impact dans nos pratiques professionnelles. Formateur sur les questions interculturelles et sur les questions de genre dans l’action sociale et éducative, il intervient notamment à l’IRTS de Paris. Il a animé des formations au sein de groupes de professionnels sur les approches interculturelles de la parentalité et de l'éducation, la lutte contre les discriminations, les questions de Genre et d’Egalité Femmes-Hommes. 

 

Construction identitaire des jeunes femmes issues de l’immigration dans les communautés subsahariennes : obstacles, opportunités, violences, ressources

Altay Manço

Une grande partie du public de la Prévention spécialisée de Paris est issu de l’immigration. Or, au niveau national, le profil de cette immigration a fortement été modifié en quelques dizaines d’années. La population issue d’Europe a baissé très fortement entre 1968 et 2009, passant de 76% à 38% (elle remonte pour atteindre 46% en 2013). La population issue d’Afrique a, elle, fortement augmenté, passant pour les mêmes dates de 20% à 48% (en diminution pour atteindre 30% en 2013). La population issue d’Afrique sub-saharienne a, quant à elle, connu une multiplication par 10, passant de 1.4% à 13%. Elle se maintient jusqu’en 2013.

Le processus migratoire d’une famille impacte la construction identitaire de tous ses membres. Cette dernière interroge les questions de transmission, de conciliation culturelle, peut créer des conflits de loyauté. Le processus en tant que tel peut également impacter la vie et l’histoire des personnes concernées ainsi que de leurs descendants.

Altay A. Manço est docteur en psychologie sociale de l’Université de Liège (Belgique). Il a à son actif un grand nombre de travaux dans les domaines de la psychopédagogie de l’intégration sociale et de la psychosociologie de l’immigration. Depuis 1986, il intervient en tant que consultant auprès de nombreuses institutions et associations actives dans ces domaines, dans différents pays européens, ainsi qu’au Canada et au Maroc. A. Manço a été collaborateur de l’Université de Paris V dès 1998, ainsi que collaborateur de l’Université de Sherbrooke au Québec. Il a été professeur invité à la Haute Ecole Sociale de la Suisse Occidentale. Depuis 1996, il est le directeur scientifique de l’Institut de Recherche, de Formation et d’Action sur les Migrations de Liège. Il y gère la collection Compétences interculturelles (éditions de l’Harmattan, Paris) et diffuse sur Internet une lettre semestrielle intitulée Diversités et Citoyennetés.

L’intervention d’Altay Manço permettra d’aborder :

  • Une introduction au thème des femmes et migrations : comprendre et (se) construire.
  • Immigrer quand on est Africaine : risques et opportunités (transmigrantes en Afrique du Nord, « cybermariages », regroupements familiaux, mariages « arrangés »…).
  • Se construire quand on est une fille issue de l’immigration subsaharienne : obstacles et ressources (l’école et les filles issues de l’immigration, stratégies identitaires des jeunes de parents immigrés, violences intrafamiliales dans les groupes migrants…).
  • S’insérer quand on est une femme d’origine africaine : discriminations et dispositifs efficaces de lutte (ethnostratification et genre, non reconnaissance des compétences, tutorat/mentorat comme dispositif d’intégration bi-directionnel…).

 

Genre, usages numériques et violences : comprendre pour mieux agir face au cybersexisme chez les jeunes

Aurélie Latourès, Centre Hubertine Auclert

L’usage des réseaux sociaux est l’apanage d’une grande partie des jeunes auprès desquels la Prévention spécialisée intervient. La présence numérique n’est pas sans risque, et, malgré les campagnes répétées, les adolescents n’en sont pas tous correctement informés.

Le centre Hubertine Auclert, est un organisme associé de la région Ile-de-France. Il est le centre francilien pour l’égalité femmes-hommes. Il a pour principaux objectifs la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les violences faites aux femmes à travers l’observatoire régional des violences faites aux femmes. Il apporte de l’expertise et des ressources sur ces thèmes aux actrices et acteurs qui œuvrent sur le territoire francilien. Le Centre Hubertine Auclert contribue avec l’ensemble de ses membres, à la lutte contre les inégalités et les discriminations fondées sur le sexe et le genre et promeut l’égalité femmes-hommes.

Il a publié en 2016 une étude sur le cybersexisme dans les établissements franciliens de la 5ème à la 2nde. Cette étude sera le point de départ de la présentation, qui abordera :

  • Internet, réseaux sociaux : socialisation numérique et socialisation de genre à l’adolescence.
  • Données sur le cybersexisme à partir des résultats d’une étude sociologique menée auprès des adolescent-e-s.
  • Réflexions et pistes d’outils pour agir : loi, signalement, messages et ressources de prévention etc.

L’intervention sera conduite par Aurélie Latourès, chargée d’études au centre Hubertine Auclert.