Lettre adressée à la DASES

Les chantiers éducatifs, partie intégrante de la diversité des pratiques éducatives en Prévention Spécialisée. Nous nous sommes rencontrés à ce sujet le 15 décembre 2015, au cours d’une réunion où nous vous avons exposé la diversité des organisations de ces postes dans nos associations. Cette diversité reflète l’histoire de ces postes spécifiques, créés au fil de l’évolution des besoins des jeunes accompagnés par la Prévention Spécialisée. Et c’est là même toute la force de nos équipes, de savoir innover et créer les outils qui, pérennisés uniquement lorsqu’ils sont appropriés, vont répondre aux situations spécifiques des jeunes en risque ou en voie de marginalisation.


La situation économique et le contexte peu dynamique du marché du travail rendent de plus en plus difficile l’insertion des jeunes les plus fragiles. Très régulièrement, les équipes éducatives sont sollicitées par des jeunes en situation de marginalisation pour qui le décrochage scolaire, l’installation dans
l’économie parallèle, l’absence de connaissance des normes sociales, ont pour conséquence de les exclure de toutes formations ou d’accès à l’emploi direct.

Au-delà de l’acquisition de savoirs faire dont ils sont parfois très éloignés, les jeunes auprès desquels les éducateurs interviennent, rencontrent de grandes carences en matière de savoirs être et de savoirs sociaux (se comporter par rapport aux autres, se confronter à la discipline, développer des capacités
d’organisation de sa journée, acquérir les codes et le temps de concentration nécessaires à une entrée en formation). Ainsi donc, pour nombre de jeunes, les temps éducatifs que représentent les chantiers d’insertion sont essentiels. Dans une visée d’insertion, les chantiers éducatifs constituent pour beaucoup,
une première rencontre du monde professionnel, et cela fait ressortir à la fois les nombreux savoirs faire à acquérir, dont ils sont parfois très éloignés, et des difficultés administratives. Ils ne sont pas en mesure d’intégrer les parcours linéaires du droit commun, et les éducateurs vont alors devoir rester présents tout au long du parcours éducatif qui construira le chemin vers l’insertion. Enfin, les éducateurs pensent les chantiers pour permettre la réussite de chacun des jeunes dans cette expérience, construits sur mesure pour ne pas être un nouvel échec.

Cette activité des chantiers éducatifs et leur mise en œuvre font parties de la pratique des éducateurs de Prévention Spécialisée et les innovations et les expérimentations portées par les équipes éducatives intègrent pleinement ces postes.

Il nous apparaît donc essentiel que ces postes soient intégrés dans l’ensemble du personnel éducatif de Prévention Spécialisée, qui met en œuvre une mission d’Aide Sociale à l’Enfance et soumis aux mêmes obligations déontologiques étant donné la nécessité qu’une relation de confiance puisse être construite et développée avec les jeunes les plus en difficulté.
Nous demandons donc à voir les conventions destinées à ces postes annexées aux conventions de nos associations pour la mission de Prévention Spécialisée.
Si toutefois, pour des raisons que nous apprécierions de mieux appréhender, cela n’était pas possible, nous demandons à ce que le préambule des conventions de Prévention Spécialisée soit repris dans ces nouvelles conventions.

Des équipes éducatives en lien avec les jeunes dans la mise en œuvre de temps éducatif d’accompagnement vers l’insertion
Le chantier éducatif est un outil pour une équipe éducative, un outil qui permet d’entrer en lien avec certains jeunes, de consolider la nécessaire relation de confiance, de vivre des temps éducatifs signifiants (estime de soi, sociabilité, altérité), d’observer le jeune en position professionnelle. Les éducateurs non dédiés à cet axe sont présents sur la plupart des chantiers, aux côtés des postes dédiés à l’axe d’insertion sociale et professionnelle. En amont des chantiers, leur construction, l’inscription des jeunes en fonction de leur profil se fait en commun entre les personnes en charge de l’axe insertion sociale et professionnelle et les autres éducateurs. Il est essentiel de permettre les allers-retours, de ne pas isoler l’insertion professionnelle. L’évolution éducative du jeune est permise par ces allers-retours.

Pour les jeunes les plus éloignés de l’emploi, n’ayant aucune connaissance du monde de l’entreprise et de ses exigences, la présence de l’éducateur est indispensable tout au long du chantier. Cette présence permet d’une part à l’éducateur d’accompagner le jeune au quotidien, de le soutenir et de partager avec lui un temps propice aux échanges et d’autre part à l’encadrant technique de se concentrer sur la transmission d’un savoir professionnel. Pour les jeunes les plus proches de l’emploi, prêts à intégrer tous types d’entreprises, le chantier représente pour eux la dernière étape leur permettant de bien intégrer les codes, les attentes de l’entreprise, de vérifier leur capacité à pouvoir s’investir dans un contrat à long terme et de prendre conscience de leur capacité à faire. Concernant ces jeunes, les éducateurs peuvent faire le choix de ne pas être présents tout au long du chantier ce qui met le jeune en situation réelle de salarié avec toutes les contraintes liées au fonctionnement de l’entreprise : respect des horaires, des consignes, des collègues de travail… Le jeune se retrouve dans un fonctionnement très autonome en responsabilité sans « protection de l’éducateur ». Dans ce cadre l’éducateur passe régulièrement sur le chantier, prend contact avec les jeunes et l’encadrant technique pour faire le point sur les difficultés rencontrées et mettre en place si besoin les outils nécessaires.


Les pratiques sont différentes sur les 6 postes concernés. Tous ont néanmoins développé des compétences techniques fortes qui ne sont pas maîtrisées par le reste des équipes éducatives. 


Les partenaires
Il est précisé dans la convention signée entre les associations de Prévention Spécialisée et la Mission Locale de Paris que des chantiers éducatifs co-construits doivent être mis en œuvre. Ce volet existe déjà sur certains arrondissements (inscription systématique des jeunes à la MLP, rencontre du conseiller sur le chantier, partage des bilans des chantiers). Il est encore à développer, mais de façon non systématique, en fonction de la capacité sociale de chaque jeune à être en lien avec l’institution.


Les bailleurs sociaux sont, sur le sujet des chantiers éducatifs, des partenaires incontournables puisqu’ils en sont en grande partie pourvoyeurs. Plus ponctuellement, les Mairies d’arrondissement par exemple peuvent remplir le même rôle.


Les autres partenariats se développent pour répondre aux situations individuelles des jeunes positionnés sur les chantiers.


Les indicateurs
Certains indicateurs sont dès à présent disponibles et présents dans les rapports d’activité de nos associations :
Nombre de chantiers
Nombre de jeunes concernés
Nombre d’heures de travail effectif

D’autres indicateurs restent à construire, et pourrons l’être puis être mis en œuvre dans le courant de l’année 2016. Le CPSP s’engage à adresser rapidement des propositions en ce sens. Il s’agira alors de mettre en lumière la profonde inclusion de l’outil dans la mission de Prévention Spécialisée et, si possible, de donner des éléments sur l’adhésion du jeune aux chantiers, seul élément réellement probant quant à une « sortie positive » des dispositifs spécifiques ici concernés.

Des propositions législatives
Ainsi que vous nous l’avez demandé, nous indiquons ici quelques dispositions réglementaires et législatives qui pourraient encourager l’IAE chez les jeunes :
Ouverture de l’aide complémentaire au poste pour les jeunes ;
Allotissement des appels d’offre par la Mairie de Paris pour les EI ;
Développement des marchés de gré à gré pour les AI (transport, manutention…) ;
Aménagement des critères de sorties positives pour les AI travaillant avec la PS : avoir fait la totalité du chantier éducatif serait déjà une sortie positive par exemple ;
Incitation du développement des chantiers éducatifs avec l’ensemble des bailleurs sociaux.