Fondée en 2004, l'association « La Caisse à Clous » s'installe au port de commerce de Brest au croisement des activités de réparation et de construction navale, civiles ou militaires. Elle reprend les objectifs de l'association AVENIR qui avait vu le jour en 1997 pour accompagner socialement les grandes vagues de licenciement dans la sous-traitance navale. Dans un environnement économique morose, sans diversification industrielle véritable, la ville de Brest assiste à la disparition d'un pan important de son économie. Simultanément, le secteur de l'électronique très présent sur la ville subit également les aléas de la mondialisation et se fragilise de jour en jour. L'association propose alors à ses adhérents victimes des restructurations un lieu d'accueil stable pour pallier à la précarisation des métiers, aider dans les recherches d'emploi, apporter des informations sur la situation économique. Elle gère par ailleurs une mutuelle de groupe à tarif préférentiel.  

C’est dans ce contexte que l’association décide de développer une activité de transmission des savoir-faire d'anciens salariés de la navale vers des jeunes fréquentant des centres sociaux pour une activité de loisirs. Les jeunes participent à la réalisation d'objets divers faisant intervenir la découpe, la soudure de tôles, des notions de mécanique, un peu d'électricité et de la menuiserie. Cette action s'étend également à des jeunes nécessitant des compléments de savoir-faire dans leur parcours, ainsi qu'à des salariés en précarité qui souhaitent se refaire la main. Elle est enfin étendue à des jeunes de 15 à 18 ans voulant s'informer sur une formation future, sur la base d'une semaine de découverte.

C’est ce dernier dispositif que je mobilise pour des jeunes de 14 à 16 ans en situation de rupture ou de décrochage scolaire. Pour la bonne mise en œuvre de l’action, je m’assure au préalable de l’accord de la direction et de l’équipe pédagogique du collège Suzanne LACORE. Des échanges sur le suivi des jeunes et un temps de présentation de l’action sont nécessaires pour lever toute ambigüité. Il ne s’agit pas d’un séjour ludique à la mer mais bien d’une semaine de découverte des métiers avec son lot d’exigences.

Depuis un an, 3 groupes de 4 jeunes ont bénéficié de cette action et en sont revenus avec la certitude qu’ils étaient en capacité de réaliser de beaux objets – des lampes de chevet – avec leurs mains. Mais comme il faut allier l’utile à l’agréable, je propose également aux jeunes, avec l’appui du club de prév’ brestois, de participer à des activités sportives. Ainsi, randonnée, Futsall, Via Ferrata etc. sont au menu de la semaine et permettent de découvrir la région et de se découvrir face à des situations inédites. Toujours avec l’association de prévention spécialisée qui intervient sur le quartier de Keredern et l’équipe du patronage laïc, nous organisons des échanges entre jeunes des quartiers populaires dans un esprit de convivialité et de fraternité.

Le point fort de cette action, outre sa capacité à révéler des compétences manuelles et intellectuelles (traçage, calcul de cotes etc.), c’est qu’elle permet de découvrir des encadrants techniques, tous retraités de la navale, autant passionnés par le métier qu’ils ont exercé durant des décennies que par leur nouveau challenge qui consiste à transmettre aux jeunes générations cette passion du travail bien fait. Derrière cet engagement militant, il y a la volonté de valoriser une mémoire ouvrière dans toute sa noblesse. Et il est certain que les jeunes de nos quartiers sont sensibles à l’expression de cette fierté.

David PLUMBER

Educateur GRAJAR sur le quartier Rosa Parks/Bollaert