Entre 1989 et 1992, une équipe de prévention spécialisée de Paris de la Fondation Jeunesse Feu Vert décide d’accompagner des jeunes à financer leur permis, puis leur permis poids lourd, leur permis cariste… Pour aider les filles, elle décide de former des baby-sitters. Il devient nécessaire de créer une structure de formation spécifique. Finalement, il y a vingt ans, sur demande de la Fondation, la structure de formation s’autonomise et devient un établissement à part.

Aujourd’hui, si la structure peut mettre en œuvre, en fonction des opportunités, des formations sanitaires et sociales. Le SAFIP (Service d’Aide à La Formation et à l’Insertion Professionnelle), principalement, accompagne des jeunes dans leur orientation et leur insertion professionnelle. Trois dispositifs sont actuellement en œuvre :

Nouvelle chance, pour les 16/28 ans

Espace Dynamique d’Insertion (EDI)

Parcours d’Entrée dans l’Emploi (PEE, ancienne plateforme de mobilisation)

Ces trois dispositifs poursuivent les mêmes étapes : accueillir, aider à choisir une orientation, valider un projet professionnel et accompagner à démarrer ce projet.

Historiquement, le dispositif Nouvelle Chance visait à lutter contre le trafic. Marie Pierre HOURCADE Vice-présidente du Tribunal et juème avait contacté Médiation 20 (en 2007) pour répondre aux désirs des jeunes qui passaient dans son bureau et voulaient « trouver un job pour arrêter les bêtises ». Avec l’appui du réseau de la Juge, des emplois sont proposés aux jeunes, qui y sont orientés par la PS et la PJJ. Le dispositif « Jeunes vers l’emploi » de la DASES est confié au SAFIP en 2010, qui le regroupera avec le premier dispositif « Lutte contre le trafic ». Cette histoire explique le financement du SAFIP, constitué pour partie par un abondement de la MMPCR et pour partie par un abondement de la DPSP (avec un abondement du FIPD ou de la MILDECA).

Anthony REPUSSARD occupe aujourd’hui ce poste. L’action s’adresse principalement à des jeunes accompagnés par la PS (la PJJ ne prescrit plus d’inscription), qui souhaitent travailler tout de suite. Le jeune peut avoir un rendez-vous dans la semaine qui suit. Ce premier temps de rencontre, avec Anthony et l’éducateur, permet au jeune d’exprimer ses attentes. Aucun dossier n’est nécessaire pour cette rencontre. Comme le fait la PS, le SAFIP ne travaille qu’à partir de ce que le jeune souhaite leur dire, respectant ainsi le principe de libre adhésion (au passage, le SAFIP n’est pas financé en rapport avec le nombre de jeunes accompagnés sur ce dispositif, ce qui lui permet d’avoir une présence renforcée auprès d’environ 60 jeunes par an). Lors de la seconde rencontre, il s’agit d’être dans le « faire » rapidement : rechercher des annonces, réunir les documents demandés pour y répondre (faire un CV si nécessaire par exemple), y répondre. Les jeunes concernés sont des jeunes rencontrant des problèmes importants d’addiction et /ou ancrés dans le trafic et/ou ayant fait des allers-retours en prison. L’accompagnement n’a pas de durée prescrite. Il se fera en partenariat avec l’éducateur de PS référent du jeune.

L’EDI le Tipi a intégré le SAFIP il y a trois ans. Deux autres EDI existent à Paris : Emergence de l’ANRS, dans le 11ème et le Coq Héron de la Sauvegarde dans le 1er. Les EDI visent les 16/26 ans. Les jeunes y sont orientés (à 90% par la Mission Locale de Paris). Ce dispositif est destiné à des jeunes qui ne peuvent pas se mobiliser à temps plein mais sont éligibles au statut de stagiaire de la formation professionnelle. Ils y suivent à temps partiel, en moyenne six mois, des ateliers :

Projet professionnel,

Remise à niveau

Arts plastiques / musique

Informatique

Sport

Anglais

Cinq personnes (un coordinateur, une secrétaire, trois formateurs, des vacataires) accompagnent ce public fragile qui rencontre des difficultés dans leur vie. 1/3 du public rencontre des problématiques psychiques, ce qui peut mettre à distance certains jeunes (« je ne vais pas à l’hôpital de jour, moi ! »). Cependant, l’intégration dans un EDI, permet de bénéficier d’une rémunération au titre de stagiaire de la formation professionnelle (rémunération qui permet d’ouvrir les droits à un hébergement, à la sécurité sociale…).

Le PEE, lui, propose un accompagnement à temps plein à des jeunes prêts à se mobiliser. Les jeunes y sont inscrits pour un an maximum (en moyenne parcours de 6 mois) (seulement 300h si le jeune est inscrit en Garantie Jeune). Les jeunes concernés sont déscolarisés ou suivi par la MLDS. Il est possible d’y monter des projets pour répondre à des objectifs précis (par exemple rechercher un patron pour un apprentissage). Dans le PEE, il peut y avoir des parcours sécurisés (formations suivies d’embauche par exemple). Il existe cinq PEE à Paris, chacun construisant un « parcours sécurisé » précis (bâtiment, animation…). Le parcours sécurisé du PEE du SAFIP vise, lui, à amener vers l’apprentissage.

Entretien avec

Anthony Repussard, conseiller en insertion professionnelle sur l’action Nouvelle Chance (anciennement Lutte contre le Trafic) au SAFIP

et Céline Fauquembergue, éducatrice de l’équipe Pyrénées de la Fondation Jeunesse Feu Vert

CPSP : quand et comment avez-vous commencé à travailler avec le SAFIP?

CF : J'ai travaillé avec le SAFIP depuis mon arrivée à Feu Vert. Concernant l’action Lutte Contre le Trafic, j’ai rencontré avec Annie Léculée, ancienne directrice du service de prévention spécialisée 75 – Fondation Jeunesse Feu Vert, la juge pour enfants du 20ème arrondissement, Marie Pierre Hourcade. Elle recevait beaucoup de jeunes pour de petits délits sans réelle solution de réinsertion et souhaitait réfléchir avec nous à cette problématique. Son idée était de trouver des entreprises prêtes à donner une chance à ces jeunes en leurs proposant un contrat de travail. Au bout de quelques années, le ciblage sur les 16/18 ans s'est avéré trop restreint car il ne permettait pas de toucher les plus âgés déjà impliqués dans le trafic. Les deux principaux financeurs, la MMPCR (DASES) et la DPSP, ont demandé que l'action soit étendue aux Parisiens de 16 à 28 ans ayant une problématique de trafic et/ou de consommation.

Avec l'arrivée d'Anthony, le SAFIP s'est alors donné pour mission d'être encore plus souple pour accueillir ces jeunes qui ne souhaitent plus être accompagné par des structures de droit commun. Anthony a cette souplesse, quelques soient les aléas, après annulations multiples la dernière minute.

CPSP : comment orientez-vous les jeunes?

CF : Notre travail de rue, notre présence au local d’équipe et notre lien de confiance avec les jeunes du secteur nous permettent de cibler les jeunes que nous pouvons orienter à Anthony. Par exemple si un jeune refuse un suivi Mission Locale et souhaite trouver du travail au plus tôt, j’ai pour réflexe de lui parler d’Anthony en lui précisant que c'est un collègue de Feu Vert. La confiance est transmise au jeune, la parole libérée au premier entretien lorsque le jeune voit la proximité entre Anthony et l'éducateur.

AR : D'ailleurs, les orientations par des collègues qui me connaissent sont celles qui se passent le mieux!

CF : Il n’y a pas de vouvoiement entre moi et Anthony, pas d'horaire impératif selon les disponibilités d’Anthony. L'éducateur peut être là aux rendez-vous suivants, mais pas forcément. On démêle les choses devant Anthony (« est-ce que tu es d'accord pour qu'on parle de ta famille ? De ta conso ? »)

AR : si je perds le lien avec le jeune, je peux rappeler l'éducateur. On fait le boulot à trois, avec le jeune, considéré chez nous comme un adulte. On prend le jeune dans toute sa dimension (famille, rue, toutes les facettes).

CF : la globalité de la situation du jeune peut être vue avec Anthony, même s'il ne travaillera pas directement sur la situation sociale ou la consommation. Si le jeune fume toute la nuit, par exemple, il ne pourra pas travailler toute la journée !

AR : on peut alors chercher un mi-temps, travailler sur ce qui est possible ou pas. Avec les jeunes qui sortent de prison, par exemple, il faut savoir s'ils se sentent prêts à envisager une formation, un emploi, se lever le matin, chaque jour, ou si la contrainte est trop forte.

CF : pour les jeunes incarcérés (plus de 25 ans, absence de Mission Locale), Anthony est parfois la seule solution. En accord avec le SPIP du jeune, Anthony s’avère la solution la plus rapide pour le faire sortir une journée. La responsabilité de l’éducateur est engagée, et cela demande pas mal de travail (aller le chercher, partager le petit déjeuner, prendre du temps au SAFIP, le ramener,...). Cela permet de savoir ce qu'il souhaite enclencher avant sa sortie. Sur la journée, on peut réfléchir au projet professionnel, commencer à mettre en place des démarches, faire un CV, avoir une rencontre avec son avocat,... A l’issue de l’entretien, un compte rendu est rédigé afin que le jeune puisse le transmettre à son SPIP.

Par exemple, un jeune de plus de 25 ans, incarcéré à Villenauxe sur une peine de plus de 3 ans, a pu passer la matinée au SAFIP. Il a parlé de sa passion pour la cuisine. Il a postulé sur deux chantiers d'insertion. Il a eu deux jours de sortie pour passer les tests. Il a intégré un chantier d'insertion pendant 6 mois. Il a bénéficié d'une sortie anticipée. Cela a enclenché quelque chose dans sa famille, impliquée dans le trafic.

CPSP : quels sont les avantages du SAFIP?

CF : l'interconnaissance, la réactivité (comptes-rendus adressés aux SPIP très vite par exemple), une prise de risque commune. Les SPIP sont très favorables à ces démarches, qui font avancer les suivis.

CPSP : la mise en place des conseillers DIP a changé les relations avec la Mission locale, pourtant vous voyez toujours un avantage au SAFIP?

CF : Oui! Même si les conseillers DIP sont plus disponibles, Anthony reste plus souple, plus réactif, plus longuement disponible au moment où le jeune accepte la démarche. Par exemple, il m’est arrivé d’orienter un jeune à Anthony en l’appelant 10 minutes avant. Sa constance permet aux jeunes de conserver, au SAFIP, la trace de ses démarches, de ses tentatives. Le réseau des anciens du quartier, intégrés professionnellement, fait résonnance et incite les plus jeunes à saisir cette main tendue.